Le musée de petit format dans l’art contemporain

Sous cette rubrique, nous évoquerons quelques concepts proches du nôtre. Le petit format dans l’art ne date pas d’aujourd’hui. En effet, il se manifeste dès l’apparition de l’art en tant que tel. L’art contemporain n’a pas intégré le petit format, il en a toujours fait partie. Néanmoins, la dimensionnalité du concept a impliqué diverses « contraintes », ou, du moins, diverses implications qui ont fait éclore un langage artistique nouveau chez l’artiste.
Certains artistes ou groupes d’artistes ont profité du petit format pour développer un cadre conceptuel muséal. L’idée étant de transfigurer l’art au moyen du petit format. Nous ne parlons plus du petit format de papier mais bien de l’oeuvre d’art réduite dans ses dimensions.

le Flux Cabinet de Georges Maciunas

Le Flux Cabinet se présente comme un regard sur l’art Fluxus des années ’60 et ’70. Pendant plusieurs années, George Maciunas, un des fondateurs du groupe Fluxus, va compiler au travers d’un musée miniature les oeuvres de 14 artistes du groupe Fluxus. Parmi eux, nous retrouvons des artistes du groupe tels que George Brecht, Robert Watts, Ben Vautier et Claes Oldenburg. Le Flux cabinet montre les différentes facettes du mouvement Fluxus ainsi que les pratiques des artistes qui le composent. Entre 1963 et 1978, Maciunas décide de créer une série d’anthologies du groupe Fluxus, l’idée sous-jacente étant qu’il est vital pour un groupe artistique reconnu d’asseoir des bases et une structure à son développement. Ces compilations de travaux du groupe Fluxus sont vendues par un système postal. L’objectif est triple : faire connaître le groupe Fluxus, se positionner contre le marché de l’art et les institutions liées et donner de la cohérence à la somme de travaux liée au groupe Fluxus. Ces anthologies prendront différentes formes, de la Flux box au Flux Cabinet, il n’y a que le Fluxkit. D’abord sous forme de boîte, l’archive Fluxus prend ensuite la forme de « kits » regroupant une série d’objets Fluxus pour aboutir à sa forme la plus aboutie : le Flux Cabinet. Maciunas s’autoproclame conservateur de cet ensemble de tiroirs sommant plusieurs décennies de « fluxeries ». Il devait y avoir initialement deux Flux Cabinet mais un seul sera finalement réalisé.

Référence : Mc SHYNE, K. (dir.), The museum as muse : artists reflect, 1999, New-York.

La Flux box.

La Flux box.

Le Flux Cabinet

Le Flux Cabinet

Le Flux cabinet.

Le Flux cabinet.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Schubladenmuseum ou le « Musée à tiroirs » d’Herbert Distel (1970-1977)

Entre 1970 et 1977, l’artiste bernois Herbert Distel se consacre à une atypique entreprise. En sept années, il va « récolter » quelque 500 oeuvres de 500 artistes de son époque. De Picasso à Beuys, la liste s’étoffe d’artistes reconnus, citons parmi eux : John Cage, Dieter Roth, Edward Ruscha, Mel Ramos, Valie Export, Robyn Denny, Frederick J. Brown, Name June Paik, Camille Billops, Karel Appel, Pol Bury, Bram Bogart, Marcel Duchamp, Charles Arnoldi, Joe Goode, Tom Phillips, Tom Blackwell, Chuck Close, Carl Andre, John Baldessari, Billy Al Bengston, Robert Cottingham, Christian Megert, Carolle Schneemann ou encore Arnulf Rainer. Aucune contrainte n’est formulée à l’égard des artistes sinon que les oeuvres doivent rentrer dans les compartiments miniatures d’un ancien meuble de mercerie. Ce meuble, composé de 25 tiroirs compartimentés en 20 espaces similaires (mm 43x57x48), se présente comme une colonne d’environ 186 cm posée sur un socle. Ce socle, oeuvre de l’artiste Ed Kienholz, fait de ce musée la 501ème oeuvre de l’ensemble. Une fusion s’opère alors entre l’oeuvre et le musée. Cette particularité de l’oeuvre de Distel met en évidence la dimension artistique d’une collection entière, l’homogénéité qui peut naître d’un concept partagé par un ensemble d’artistes. En cela, l’oeuvre de l’artiste suisse et le Musée du Petit Format ne sont pas si éloignés.
Les styles, les techniques, les courants qui se côtoient dans ce meuble sont multiples et chaque artiste développe l’oeuvre d’art miniature de manière personnelle. Certains s’amuseront à miniaturiser les oeuvres qui ont marqué leur carrière artistique tandis que d’autres développeront un cadre conceptuel autour de l’oeuvre d’art miniature. La majorité des oeuvres présentes dans les tiroirs ont été créées expressément pour le Schubladenmuseum. La troisième et la deuxième dimension se côtoient et dialoguent tandis que le ready made s’affiche à côté d’oeuvres originales et personnelles. Devant chaque tiroir, un écran de verre permet de distinguer la première rangée d’oeuvres, comme une invitation à rentrer et déambuler dans ce musée.

Références :
http://www.schubladenmuseum.com
Schlegel A., „Das Schubladenmuseum“ von Herbert Distel (1970-1977), Erfassung von Bedeutung und Zustand der Sammlung / des Kunstwerks, 2009, Bern.

Herbert Distel, Das Schubladenmuseum (1970-1977).

Herbert Distel, Das Schubladenmuseum (1970-1977).

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Musée du très Petit Format de Jean Morette

C’est dans son atelier à Couvin que Jean Morette décide en 1965 de se lancer dans l’élaboration de très petits formats. C’est le recyclage des papiers de passe-partout qui mène Jean Morette à réaliser de très petites oeuvres. Usant de techniques diverses, il crée, au fil de ses envies, ces oeuvres d’art miniatures. Toutes les techniques y passent. Sculpteur dans l’âme, l’artiste conçoit, dans un meuble ancien tapissé de feutrine rouge, un musée de sculptures miniatures. L’amusement suscité par ces nouvelles créations conduit Jean Morette à une réflexion plus profonde sur l’art de petit format. Ces oeuvres à la dichotomie particulière révèlent la malice de l’artiste conjuguée à la contrainte du format. Et de malice, il en est encore question lorsque l’artiste lui-même attribue ses oeuvres à des artistes imaginaires. C’est à la manière d’un marionnettiste que Jean Morette fait peindre les Bauwens et consort dont les oeuvres viendront peupler les cimaises du Musée du très Petit Format.

Le Musée du très Petit Format. Omezée. Jean Morette (c).

Le Musée du très Petit Format. Omezée. Jean Morette (c).

Le Musée du très Petit Format. Omezée. Jean Morette (c).

Le Musée du très Petit Format. Omezée. Jean Morette (c).

Affiche des Petits Formats en boîte. Jean Morette (c)

Affiche des Petits Formats en boîte. Jean Morette (c)

 

 

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